Portrait. Dianda Hatté - Profession : concepteur d’équipements
samedi 4 novembre 2006
M. Dianda Hatté est un Burkinabè passionné de la recherche. Il a à son actif une douzaine d’inventions et d’innovations dans les domaines des techniques et technologies de l’irrigation, de la fertilisation des sols et de la transformation post-récolte. Il a reçu de nombreux prix à cet effet.
Dianda Hatté, mécanicien industriel de formation, au rire et au langage faciles, est un gagneur. La qualité de ses travaux lui a valu d’être lauréat de plusieurs prix. Sur 380 candidats, il a obtenu le cinquième prix de la Foire de l’innovation pour le développement, organisée par la Banque mondiale en 2002.
A cette occasion, il avait présenté une pompe artisanale conçue pour les puits maraîchers.A l’édition 2004 du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), il a présenté un système de production hygiénique de yaourt et décroché
le prix du Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le deuxième prix de la Banque agricole et commerciale du Burkina (BACB).
Après avoir été enseignant dans le domaine technique, il a commencé son aventure de créateur en 1996, après une formation de mécanicien industriel de quatre ans en Allemagne. Dopé par cet acquis indispensable, il avoue avoir senti comme un appel à valoriser son apprentissage au profit de l’Afrique. Sitôt rentré au bercail en juillet 1996, Dianda Hatté crée son entreprise, Technometo.
Près de trois ans après, en janvier 1999, il conçoit son premier bébé d’innovateur, la pompe à compression qui permet de pomper l’eau depuis 25 mètres de profondeur. Cette pompe vient compléter les prouesses de la pompe à pédales bien connue de nos producteurs qu’il fabriquait aussi.
Son ascension, il la doit à la force de son poignet et à de nombreux sacrifices. M. Dianda a investi ses économies dans la recherche, à l’exception du soutien que lui a apporté le Danemark, à travers le programme ADOP (Appui direct aux opérateurs privés) en 1999/2000 et qui lui a permis de finaliser les prototypes de pompes artisanales pour l’irrigation, de recevoir un technicien canadien pour trois mois à son atelier à Ouagadougou et de faire un plan d’affaires.
Pourtant, ce père de deux enfants ne regrette pas ses sacrifices dont le plus important est la distance qui le sépare aujourd’hui de sa famille qui vit en Allemagne. Il se console cependant à l’idée de pouvoir les rejoindre un jour. D’ailleurs, la rançon de ces privations s’estime aussi en termes d’innovations, de prix et autres encouragements qu’il accumule de la part de partenaires et de bénéficiaires du fruit de ses recherches.
Brevets : l’Afrique orpheline
Il est contre le système de brevet en Afrique pour trois raisons. D’abord, parce qu’il estime que l’arriération technologique de notre continent ne l’autorise pas à revendiquer la paternité de tel ou tel système mécanique. Ensuite, pour lui, " les Africains perdent énormément de temps et d’argent pour un combat inutile alors qu’il y a suffisamment de boulot pour chaque technicien ". Enfin, soutient-il, " brevet ou pas, l’expérience a montré que nos pays sont trop pauvres et mal organisés pour défendre les intérêts des inventeurs sur le plan international ".
Pour ce qui le concerne, il serait heureux que ses innovations soient dupliquées. avec sa collaboration. Sceptique, il soutient que " personne ne peut lutter au Burkina contre le vol d’idées dans un environnement ou personne ne protège personne ".
Pour vulgariser ses innovations, M. Dianda a créé il y a moins d’un an, Faso Distribution International SARL (FADIS international SARL) avec une collaboratrice, qui se charge de la gestion des équipements déjà fonctionnels. Dans ce cadre, des alliances ont été nouées avec des partenaires européens et tunisiens pour la vulgarisation à grande échelle des innovations.
En recherche, pas de monopole
Ses projets sont nombreux et s’expriment en termes de défis :
réussir la stabilisation de FADIS International ;
réussir l’opération d’engrais qui va permettre aux paysans de fixer les engrais dans les champs d’ici à la saison hivernale prochaine ;
réussir le site de démonstration sur les impluviums pour la collecte d’eau de pluie et l’irrigation spécialisée à Tougan ;
réussir l’installation et l’exploitation de l’unité de transformation de la mangue à Bobo.
L’esprit d’innovation de l’actuel ministre en charge de l’Agriculture et de l’Hydraulique en matière de maîtrise de l’eau à peu de frais le réconforte dans ses recherches. Il ne se laisse pas décourager par la désaffection des populations pour le " made in Burkina ", l’absence de soutien des institutions bancaires de la place, la difficulté d’accès aux projets et programmes étatiques et le manque de facilités financières pour les investisseurs privés.
M. Dianda lance un cri du cour à l’endroit des autorités afin qu’ils : " élargissent le cercle des chercheurs au secteur privé, en mettant à leur disposition un mécanisme de subvention et un environnement propice à leur épanouissement ". Pour lui, " la recherche n’est le monopole de personne et les résultats de la recherche, venant de qui que ce soit, profitent à la nation toute entière ".
Marie Kangambèga (stagiaire)
Domaines de compétence
M. Dianda ouvre dans plusieurs domaines. Il s’agit entre autres de :
équipements et matériels d’exhaure et de gestion de l’eau (pour irrigation et élevage) ;
techniques de collecte de l’eau de pluie contre les poches de sécheresse ;
équipements pour la transformation du lait local (yaourt et fromage) ;
équipements pour la transformation des céréales (farine et dérivés) ;
équipements pour la transformation des oléagineux (pâte et huile d’arachide ou de sésame) ;
équipements pour la transformation des fruits et légumes (séchage, jus et confitures) ;
équipements pour la production d’aliments de bétail ; fertilisants biologiques et minéraux (réduction de la perturbation de l’écosystème par les engrais chimiques).