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Quelque six mois se sont déjà écoulés après la fronde des cotonculteurs et la Société burkinabè des
fibres textiles (SOFITEX) peut maintenant compter ses amis. Au nombre desquels le pool bancaire national, conduit par Ecobank, qui a, le 20 janvier 2012, mis 77 milliards de FCFA dans la cagnotte, et le pool bancaire international, piloté par le groupe HSBC, qui, le vendredi 27 janvier dernier, a versé 50 milliards de nos francs pour le financement de la campagne cotonnière 2011-2012.
Retour sur cette traditionnelle signature de convention baptisée, cette année, "SOFITEX 21" et dont la capitale française a été le théâtre.
27 janvier 2012 donc, au 159 boulevard Haussmann au VIIIe arrondissement de Paris ; nous n'étions pas encore en ce début d'année à la traditionnelle cérémonie de présentation de vœux, mais la Représentation diplomatique burkinabè dans l'Hexagone était noire de monde.
Une foule de Burkinabè venue de mille lieux célébrer le coton, notre coton, à travers cette confiance renouvelée du pool bancaire international qui souffle ainsi sa 13e bougie de partenariat avec la SOFITEX.
A-t-on encore besoin de dire que le Faso Dan Fani, le pagne traditionnel burkinabè, y était à l'honneur ? En tout cas, les autorités du pays des hommes intègres ne se sont pas trompés en mettant l'accent sur cette filière qui constitue de nos jours le poumon économique du Faso.
Foi de l'ambassadeur Joseph Paré, "de par son dynamisme, le secteur du coton fait vivre plus de 3 millions de personnes au Burkina Faso, et contribue pour plus de 20% à la formation de la valeur ajoutée globale de l'économie nationale, et pour plus de 60% aux recettes d'exploitation, faisant ainsi du coton l'un des premiers produits d'exploitation".
D'où la place de choix qu'il occupe dans le cercle des filières porteuses sur lesquelles les efforts doivent être focalisés à travers la transformation sur place ; l'amélioration de sa compétitivité ; la subvention des intrants et le réinvestissement des recettes dans les autres filières.
Confiance renouvelée malgré tout
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En treize années de partenariat, ce sont 585 milliards de FCFA que le pool bancaire international a levés pour la SOFITEX.
Mais il y a à peine six mois encore, personne au Faso n'osait croire au renouvellement du serment des partenaires financiers, tant l'année 2011 a été des plus capricieuses pour la filière cotonnière burkinabè.
Et à la crise ivoirienne dont les répercussions ont été ressenties aux quatre coins du pays, il convient d'ajouter les remous sociopolitiques, dont la fronde des cotonculteurs, et la baisse du cours mondial du coton qui n'ont pas été sans effet.
Le chef de file du pool bancaire international, Frédéric Villsboë, le dit lui-même : "La campagne précédente avait été marquée par des variations de cours d'une amplitude jamais vue dans l'histoire de l'industrie ; après avoir touché un plus haut historique en mars 2011 à 240 cents par livre, l'indice cotlook chutait tout aussi brutalement pour atteindre un point bas en décembre 2011 à 90 cents. Les cours se sont aujourd'hui stabilisés autour de 100 par livre, et s'avèrent supérieurs à la moyenne historique de longue période, à un niveau acceptable pour l'industrie cotonnière africaine. Les cotonculteurs burkinabè ont d'ailleurs été les premiers bénéficiaires de ces cours globalement en hausse puisque les prix d'achat du coton-graine sont passés de 182 FCFA/kg lors de la campagne précédente à 245 FCFA/kg pour cette campagne".
Si le chef de file du pool bancaire international a témoigné de son amitié à l'ancien directeur général de la SOFITEX, Célestin Tiendrébéogo, particulièrement apprécié et respecté dans l'industrie, a-t-il confié, Frédéric Villsboë a tout aussi relevé le talent dont son successeur, Jean-Paul G. Sawadogo, a dû immédiatement faire preuve. En seulement six mois à la tête de la SOFITEX : "Vous avez su naviguer habilement, éviter les écueils, pour renforcer le dialogue avec vos principaux clients et finaliser l'initiation des démarches visant à rétablir les Fonds propres de la SOFITEX à des niveaux en ligne avec les exigences de l'Acte uniforme.
Cette opération menée dans des délais très courts et en étroite collaboration avec l'Etat et les actionnaires de la SOFITEX est un développement très positif qui conforte les partenaires".
Le challenge de la SOFITEX
Le financement de la campagne de commercialisation du coton 2011-2012 en zones SOFITEX ainsi bouclé après la signature de la Convention du 27 janvier avec le pool bancaire international (Société Générale, BMCE, BHF, DZ Bank, FIM Bank, Attijariwafa Bank Europe), le nouveau patron de la nationale de l'or blanc s'est imposé un challenge.
Pour Jean-Paul Sawadogo, en effet, "il est impérieux que la SOFITEX et les cotonculteurs produisent plus pour sécuriser les revenus et pérenniser la filière coton".
Profession de foi : "afin de permettre à la filière coton burkinabè de jouer son rôle de moteur de développement dans l'économie nationale, le partenariat avec les cotonculteurs sera renforcé par la confiance, le respect des engagements, la concertation, l'appui et le suivi technique".
En attendant la signature de la Convention "SOFITEX 22", le coton burkinabè s'invite ces jours-ci à la table ronde des bailleurs de fonds de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) 2011-2015, qui se tient elle aussi sur les bords de la Seine.
Bernard Zangré Envoyé spécial à Paris
La signature de cette convention "SOFITEX 21" était sans doute le baptême du feu du nouveau directeur général de la SOFITEX, Jean Paul Sawadogo, dans l'empire du pool bancaire international.
Réaction après six mois déjà passé à la tête de la nationale de l'or blanc, et confidences de témoins privilégiés au rendez-vous du 27 janvier 2012 à Paris.
Jean Paul Sawadogo, DG de la SOFITEX: "La SOFITEX, un cadeau empoisonné ?
Je suis Burkinabè, fonctionnaire burkinabè, et par conséquent je vais où le devoir m'appelle. La vie est une dynamique qui fait en sorte que tous les jours nous avons des défis à relever. J'ai répondu à un devoir et je ne pense pas que ma nomination soit un cadeau empoisonné en dépit de la conjoncture qui prévalait il y a encore six mois. Bref, les deux conventions que nous venons de signer, et avec le pool bancaire national et avec le pool bancaire international, visent à réunir l'ensemble des moyens nécessaires pour gérer les opérations liées à la filière coton.
Ces financements doivent permettre de gérer les charges liées à l'achat, l'engrenage, le transport et la commercialisation du coton. Aussi devons-nous prendre les mesures nécessaires pour répondre aux attentes des cotonculteurs, à savoir les payer rapidement une fois que la SOFITEX a enlevé le coton.
L'ensemble de ces financements a permis que depuis le 23 décembre 2011, dans toutes les régions de la SOFITEX, les cotonculteurs sont régulièrement payés dans un délai maximum d'une semaine à dix jours après l'enlèvement du coton.
Maintenant que nous parlons le même langage, nous pouvons espérer attendre au cours de la campagne 2011-2012 des emblavures de près de 525 000 ha.
Nous avons déjà des intentions de culture exprimées par les producteurs eux-mêmes qui atteignent donc ce chiffre-là.
Le gouvernement est en train de prendre des mesures pour appuyer la SOFITEX concernant le prix de vente des intrants.
Nous allons engager des concertations sous forme d'états généraux de la filière coton, prévus pour le mois de février, pour amener l'ensemble des acteurs à s'asseoir autour de la même table, afin que nous puissions arrêter un certain nombre de principes de concertation et de collaboration, de sorte que les problèmes qui vont se poser puissent être traités dans un cadre qui convient.
Au jour d'aujourd'hui, nous pouvons nous en réjouir, le Burkina est un grand producteur de coton.
Pour la campagne 2011-2012, l'estimation de la production en zones SOFITEX est de 300 milles tonnes de coton.
A cela, il faut ajouter la production de la SOCOMA (60 milles tonnes) et de Faso coton (20 milles tonnes).
L'un dans l'autre, nous devons avoir entre 380 et 400 milles tonnes de coton graine cette année.
Avec un tel niveau de production, nous pouvons conserver notre place de leader au niveau africain !!
Abdoulaye Nabolé, DG de la Filature du Sahel (FILSAH) :
"Le coton est très important pour notre pays. Ces dernières années, les pouvoirs publics ont soutenu le développement de la transformation. La filière a cette année réussi à vendre plus de 1 500 tonnes de file à l'intérieur du pays. Cela veut dire que les activités en aval de la transformation primaire, c'est-à-dire la filature, sont en expansion dans notre pays.
Voyez vous-même pourquoi la filière a besoin de financement pour cette activité, et c'est ainsi qu'on disposera du coton.
Parce que sans coton, pas de filature. Et pas de filature, le tissage ultérieur, notamment artisanal qui a atteint un niveau important dans notre pays ne saurait se faire. Cela va donc en droite ligne de ce qui a été prévu dans le cadre de la SCADD dans notre pays".
Roger Dah Achinanon, chef de file du pool bancaire national :
"Notre présence à Paris est un symbole fort. D'abord pour montrer au pool bancaire international que la SOFITEX a déjà acquis la confiance du pool national. Et, deuxièmement, lui montrer qu'à notre niveau, les moyens existent pour soutenir la SOFITEX.
Ce que le pool bancaire international fait aujourd'hui est un complément de ce que nous avons déjà fait. Et notre confiance à la SOFITEX est si forte que même si au niveau du pool bancaire international il y avait un cap, le pool bancaire national le reprendrait. Notre confiance est basée sur la structuration de l'opération et sur la qualité de la gestion de l'institution qu'est la SOFITEX.
D'autre part, la confiance des autorités dans la filière coton et tout le soutien qu'elles apportent à la SOFITEX et aux producteurs nous intiment d'agir en faveur du développement de la filière".
Augustin Zéphirin Zagré, directeur commercial de la SOFITEX :
"Nous pouvons nous réjouir de ces deux conventions que nous venons de signer, car elles interviennent dans un contexte très difficile, marqué par la crise financière ; mais aussi d'avoir la confiance des banquiers de cette trempe là, et pour des montants aussi élevés.
C'est une marque de confiance qui nous réconforte. Je dois dire qu'au regard du marché international ; nous savons que le marché est ferme à des niveaux assez élevés qui couvrent largement les coûts de production continue.
Cela doit aussi nous permettre de distribuer aux cotonculteurs des revenus conséquents. Et si dame nature est gracieuse, en principe, nous devrions voir la production s'élever à des niveaux véritablement records. Nos prières aujourd'hui sont orientées vers la divinité pour qu'il tombe des pluies en abondance sur le Burkina Faso cette saison".
Frédéric Villsboë, chef de file du pool bancaire international :
"Nous avons toujours manifesté une grande confiance à la SOFITEX, au regard du sérieux et du professionnalisme de son équipe de gestion et d'animation. C'est vrai que l'année écoulée, il y a eu la fermeture du port d'Abidjan, port par lequel le coton était exporté, mais par son professionnalisme et sa capacité de gestion, la SOFITEX a su relever le défi, d'où cette confiance maintenue et renouvelée.
Cela fait treize ans que nous travaillons ensemble, et nous savons le sérieux du travail qui s'y fait, le sérieux des équipes.
Il y a une nouvelle équipe que nous avons trouvée aussi très professionnelle, avec qui les liens se sont très rapidement tissés. C'est un élément très important.
Il faut noter aussi que le cours du coton s'est très sensiblement amélioré, à des niveaux où les pays producteurs trouvent une grande rentabilité par rapport à des années où les cours étaient très très bas, et où il était très difficile de rentabiliser la filière".
Ali Chorfi, délégué de Attijariwafa Bank Europe :
"Nous sommes en train d'intégrer le pool international de financement de la campagne cotonnière de la SOFITEX. Comme vous le savez, le groupe Attijariwarfa Bank est présent au Burkina Faso depuis début 2011 à travers la CBAO BF, et nous avons de grandes ambitions pour la développer, en participant de la bancarisation au Burkina, et en accompagnant les entreprises burkinabè dont la SOFITEX. C'est à ce titre que la filiale du groupe à Paris participe au financement international de "SOFITEX 21".
Propos recueillis à Paris par Bernard Zangré
L'observateur paalga
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