Condamnation de la rebellion malienne par la CEDEAO: C’est bon pour le moral PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Pays   
Lundi, 20 Février 2012 07:48

Le sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui s’est tenu les 16 et 17 février derniers a enregistré au moins trois faits majeurs. Le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), a été porté à la tête de l’institution régionale. Il devient ainsi le premier président de son pays à être président en exercice de la CEDEAO. Un événement, s’il en est, qui consacre davantage la légitimité d’un chef d’Etat qui a arraché de haute lutte sa victoire électorale confisquée par le camp adverse.

Cette reconnaissance dont ADO a bénéficié de ses homologues finit aussi de convaincre de son acceptation par ces derniers. Le nouveau premier responsable de l’institution régionale a comme collaborateur technique le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo (KDO), premier Burkinabè également à prendre les rênes de la Commission de la CEDEAO. Etant donné les bons rapports qui existent entre l’actuel régime des bords de la lagune Ebrié et celui du Burkina, l’on peut espérer du duo ADO-KDO, un travail en très bonne intelligence. Le sommet de la CEDEAO a également pris une décision qui est sans conteste celle qui suscite le plus d’intérêt dans le contexte d’attaques rebelles que subit l’un de ses membres. Les têtes couronnées réunies à Abuja au Nigeria ont condamné à l’unanimité la rébellion touarègue qui écume le nord du Mali. L’octroi d’une aide de 3 millions de dollars américains à l’Etat malien a également été approuvé par le 40e sommet ordinaire de la CEDEAO.

Cette enveloppe financière devra servir à aider le Mali à faire face aux conséquences humanitaires de la rébellion, dont les flux de réfugiés, les déplacements internes et la détérioration de la sécurité alimentaire. Les dirigeants africains présents à la rencontre ont, en outre, chargé la Commission de convoquer une réunion d’urgence des chefs d’état-major des forces armées de l’Afrique de l’Ouest pour examiner toutes les menaces émergentes sur la sécurité dans le Sahel et dans le Golfe de Guinée et proposer des recommandations concrètes pour y remédier. La situation qui prévaut dans la partie nord du Mali porte en elle les germes d’une instabilité qui pourrait contribuer à exacerber l’insécurité qui règne dans la bande sahélo-sahélienne. Il semble donc évident et primordial que l’ex-Soudan français soit une préoccupation essentielle des propositions qui sortiront des travaux des gradés des grandes muettes de la zone CEDEAO.

La condamnation de principe de la CEDEAO a déjà ceci de méritoire que, bien qu’étant logique et naturelle, elle officialise au moins la position de cet organe supranational. Elle contribue par ailleurs à isoler davantage la rébellion malienne tout en remontant le moral du président malien qui reçoit ainsi le soutien politico-diplomatique de ses pairs ouest-africains. C’est tout de même bon pour le moral du général ATT qui se sentira désormais moins seul dans son option de règlement militaire de ce conflit que la voie pacifique n’aura pas pu stopper. L’on est cependant en droit, au regard du caractère inopérant des simples déclarations, d’attendre de la CEDEAO une démarche plus pragmatique et plus dissuasive dans les prochains jours. Un désaveu sans menaces de ripostes militaires n’est jamais venu à bout d’une rébellion armée. Ce genre de regroupement de combattants est d’ailleurs immunisé contre les sanctions verbales sans suite. Celles-ci ne les effraient d’ailleurs pas plus qu’un épouvantail de céréales. Pour être utile, la condamnation doit jouer le rôle d’un acte précurseur auquel devra succéder, en cas de méprise envers leur mise en garde subtile, une action plus énergique. Et la nécessité de l’imminence d’un soutien militaire sous formes logistique, stratégique, matérielle ou humaine du gouvernement malien n’est plus à démontrer, les pays voisins du Mali étant déjà dépassés par les réfugiés fuyant les affrontements entre forces rebelles et régulières.

Au lieu de laisser la situation s’enliser pour venir jouer les médecins après la mort ou tenter de gérer les corollaires de la guerre, le président en exercice de la CEDEAO et ses homologues doivent agir en temps opportun. L’étape actuelle des hostilités semble propice à un appui qui permettra à l’armée malienne, qui a déclaré avoir repris le contrôle de Tessalit, de reconquérir le terrain perdu. La CEDEAO doit s’y mettre dès maintenant d’autant plus que sa tâche dans la pacification du nord malien, qui s’inscrit dans son vaste programme de sécurisation régionale, sera fastidieuse à la fois dans l’espace et dans le temps. Car, en plus de l’immensité de la zone d’insécurité, il faudra trouver des solutions durables qui iront au-delà de la répression des insurgés. Certes, l’urgence consiste à agir de sorte à arrêter les tueries le plus tôt possible, et le Mali doit intensifier son action dans ce sens sans placer tout son espoir en la CEDEAO. Mais il n’en demeure pas moins indispensable de mettre en place un dispositif plus efficace et permanent de veille et d’action. Une telle stratégie devra prendre en compte les causes profondes de la rébellion pour en maîtriser les réalités et le contexte afin de l’enrayer une fois pour toutes.

 

« Le Pays »

 

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