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Quelle est la version originelle et donc authentique du rapport d’investigations sur les allégations de cas de torture dont auraient été victimes les personnes interpellées et détenues pour tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat depuis 2009 au Togo ? La question a tout son sens, puisque deux versions des conclusions de la même investigation ont été publiées à Lomé en l’espace de 72 heures.
D'un côté, il y a le rapport rendu public par le gouvernement, commanditaire de l’investigation, et dans lequel, nul part il n’est fait cas de torture contre les personnes impliquées dans la ténébreuse affaire de coup d’Etat. Par contre, on a eu un autre son de cloche trois jours plus tard avec la diffusion du rapport dit «authentique» de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), structure exécutante de l’investigation. Dans ce document, on parle effectivement de «torture» et d'«actes de violence physique et morale à caractère inhumain et dégradant». A l’évidence donc, un des rapports est tronqué à dessein. Mais lequel ?
En attendant de le savoir, chaque partie clame sa bonne foi. Les autorités togolaises soutiennent avoir publié l’intégralité du document qu’elles ont reçu de la part de la CNDH. Cette dernière structure affirme au contraire que son rapport à été élagué de certaines parties, notamment celle qui porte sur la torture.
Il est clair qu’un rapport qui ne conclut pas à l’existence de la torture dans le pays est tout à l’avantage du gouvernement. Mais de là à accuser l’équipe de Faure d’avoir effectivement tronqué le rapport, il y a un pas qu’il ne faut pas vite franchir. Car l’Etat, en effet, savait très bien que la CNDH ne fermerait jamais les yeux sur une telle forfaiture. A moins que Lomé n’ait fait le choix d’un passage de force en contraignant les rédacteurs du rapport à avaler la couleuvre. Mais une telle option est une bombe à retardement qui, tôt ou tard, explosera, et la vérité éclatera au grand jour.
De l’autre côté, la CNDH a-t-elle intérêt à corser le rapport après l’avoir remis aux autorités ? On peut en douter. De plus, cela coule de source, il est évident que l’Etat allait contre-attaquer. Alors à moins de vouloir une confrontation avec les autorités et même se faire hara-kiri…
Mais franchement, entre-nous, on trouve que la tasse du gouvernement est un peu fort de café tout de même avec cette absence totale de cas de torture dans le rapport. On peut imaginer que les personnes impliquées dans l’histoire du coup d’Etat ont, que ce soit vrai ou pas, fait part aux investigateurs de la CNDH des éventuels actes de torture qu’elles ont dû subir lors de leur arrestation et de leur détention. Le problème aurait pu être l’acception que chaque membre de la commission a du vocable de la torture. Encore que, dans le cas d’espèce, jusque-là, il n’y ait pas eu un son discordant venant de la CNDH pour dénoncer un de ses membres pour avoir corsé, après coup, le rapport transmis au gouvernement. Si fait qu’on peut raisonnablement penser que le document publié par cette structure a les allures du document authentique.
D’ici que l’enquête qui a été diligentée par Lomé aboutisse, il faut avouer que sous nos tristes tropiques africaines, lorsque l’Etat crée une commission, c’est la meilleure façon de noyer un problème. Tout se passe comme si nos autorités veulent bien des rapports, mais seulement de rapports à leur goût. Et les exemples foisonnent où les représentants de l’Etat refusent de porter leur signature sur des rapports dont les conclusions ne sont pas favorables aux hommes qui sont au pouvoir.
Du coup, cela repose le problème de ces commissions bidon que nos autorités mettent précipitamment en place pour jouer aux démocrates ou alors avoir du répit sur le front social alors qu’elles savent au fond d’elles-mêmes qu’elles ne vont jamais en accepter les conclusions, encore moins les appliquer…
San Evariste Barro
L'observateur paalga
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