Céline Yoda, Ambassadeur du Burkina à Taipei : «Le modèle taïwanais est imitable chez nous, j’en suis sûre» PDF Imprimer Envoyer
Écrit par L'Observateur paalga   
Vendredi, 03 Juin 2016 07:49

A 58 ans, Céline Yoda, ancienne ministre de la Promotion de la femme puis ambassadeur du Burkina au Danemark est depuis janvier 2014 la patronne de notre représentation diplomatique à Taïwan, pays avec lequel nous avons renoué en 1994 après une rupture d’une vingtaine d’années. Le 20 mai 2016 à Taipei, elle était donc naturellement dans le sillage du Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, venu assister à l’investiture de Tsai Ing-wen, la première présidente de l’île élue le 16 janvier. Egalement présent dans la capitale taiwanaise pour la même occasion sur invitation des autorités locales, nous en avons profité poser quelques questions au chef de la mission diplomatique sur les relations entre les deux pays, naturellement « au beau fixe » pour reprendre une expression consacrée.

 

Excellence, vous avez présenté vos lettres de créance en janvier 2014, soit dix mois avant la chute du régime qui vous avait nommée. Quand on sait que certains de vos collègues ont fait les frais de la Transition, vous considérez-vous comme une rescapée de cette période ?

La vie dans les missions diplomatiques, comme d’ailleurs dans toutes les administrations, est marquée par des arrivées et des départs, par des mouvements périodiques du personnel (tous les cinq ans pour le personnel diplomatique).

Sous la Transition, en effet, 10 ambassadeurs sur 34 ont été rappelés pour diverses raisons dont majoritairement, semble-t-il, des admis à faire valoir leur droits à la retraite, ou pour fin de mandat. Si les 24 autres sont des rescapés selon vous, donc j’en suis une.

 

Cela fait donc maintenant deux ans que vous êtes en poste ; à votre arrivée qu'est-ce qui vous a le plus frappée et qui pourrait nous inspirer ?

C’est vraiment le niveau de développement de Taïwan qui m’a frappée, et dont nous pouvons nous inspirer. Les qualités humaines des populations m’ont aussi impressionnée : les Taïwanais sont chaleureux, généreux, très disciplinés et travailleurs, toutes choses qui ont contribué au développement de l’île. Quand on voit qu’il y a 50 ans, Taïwan était encore à un niveau de développement en deçà de notre situation actuelle, et que l’île a su faire ce grand bond, cela nous enseigne que c’est possible. Le modèle taïwanais est imitable, j’en suis persuadée. En effet, Taïwan n’a pas été gâté par la nature, son sous-sol est pauvre comme le Burkina, il ne renferme aucune ressource minière, ni pétrole, ni autre chose, et tout le pays est sur une superficie totale de 36 000 km2 seulement, pour 23 millions d’habitants. Taïwan a su bâtir son développement sur le capital humain, l’éducation et la formation des populations ainsi que l’accompagnement des initiatives privées.

 

Vous allez sans doute nous dire, selon la formule consacrée,  que « les relations entre les deux pays sont au beau fixe », mais concrètement et chiffres à  l'appui, qu'avons-nous gagné depuis la reprise de nos relations en 1994 ?

Oui, en effet, les relations entre les deux pays se portent très bien. C’est selon vous une formule consacrée, mais c’est une réalité vérifiable, et il serait fastidieux de faire le bilan de 22 ans de coopération (1994 – 2016) dans une interview ; mais voici quelques éléments de réponse qui illustrent à souhait « ce que nous avons gagné depuis la reprise de nos relations » comme vous dites.

La coopération entre le Burkina Faso et la république de Chine (Taïwan) est l'une des coopérations les plus dynamiques et diversifiées. Depuis 1994, le gouvernement taïwanais a constamment soutenu les différents programmes de développement mis en place par l'Etat burkinabè. Au début, c’était à travers les engagements nationaux. Ce programme a permis de réaliser beaucoup d'infrastructures socioéconomiques telles des CSPS, des stades provinciaux, des maisons de jeunes et de la culture, la construction du palais des sports de Ouaga 2000…

En rappel, la coopération entre notre pays et Taïwan couvre à titre d’exemple les domaines suivants :

- Agriculture : le projet riz pluvial avec des aménagements de bas-fonds de milliers d’hectares (près de 15 000 hectares entre 2010 et 2015), l’aménagement de la plaine de Bagré ;

- Education : construction et équipement des centres de formation professionnelle dans les 13 régions dont celui de référence de Ziniaré. Le projet « une lampe pour l’Afrique » qui octroie des lampes solaires aux élèves.

Octroi de bourses d’études à des étudiants burkinabè, chaque année depuis l’année 2004 ; actuellement 68 boursiers sont à Taïwan.

- Santé : construction et équipement de CSPS, le Centre hospitalier national Blaise-Compaoré (CHNBC), un hôpital très moderne à vocation régionale avec des équipements de pointe.

Mission médicale taïwanaise basée à Koudougou.

Formation des sages-femmes et maïeuticiens.

- Energie : éclairage public solaire et installation de centrales solaires au ministère de l’Environnement, au CNRST, à l’INSS, au Premier Ministère, à la Présidence du Faso.

- Des interventions ponctuelles, récemment dans le cadre de la lutte anti-terroriste, don de 35 véhicules pick-up au ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité.

Don d’ordinateurs et de matériel informatiques pour la réduction de la fracture numérique

- Coopération militaire : Taïwan entretien une coopération militaire avec le Burkina Faso, avec un Bureau militaire auprès de l’Ambassade du Burkina Faso à Taïwan.

 

Si on vous demandait néanmoins des domaines où les résultats ont été en deçà des attentes, quels seraient-ils ?

Il est bien vrai que les résultats de la coopération sont très satisfaisants, mais on peut toujours mieux faire. Des domaines comme les échanges économiques commerciaux, les investissements, l’énergie solaire, l'éducation peuvent être améliorés. Depuis la mise en place, lors de la commission mixte de juin 2010, du centre de promotion des échanges commerciaux et des investissements, beaucoup d'efforts ont été faits pour rapprocher les deux pays sur le plan économique, mais il faut qu'on arrive à dépasser le stade d'acheteurs-vendeurs qui est d'ailleurs embryonnaire pour aller vers des partenariats solides entre hommes d'affaires burkinabè et taïwanais. Aussi, encourager les compagnies taïwanaises à se délocaliser au Burkina Faso afin de se faire une assise sur le marché africain qui aujourd'hui est une destination privilégiée. Dans le domaine de l’éducation, il faut qu'on renforce le transfert de technologies et de compétences à travers une politique de formation ciblée de masse de nos futurs cadres dans ce pays qui s'est bâti sur l'éducation de son peuple.

 

Le PM Paul Kaba Thiéba est venu assister à l'investiture de la nouvelle présidente qui l'a reçu dans la foulée.  Avec quelles promesses dans sa mallette est-il reparti ? Quelles sont les perspectives qui s'offrent aujourd'hui à cette coopération ?

Je voudrais, pour y répondre, rappeler que c’est la Commission mixte de coopération qui est le cadre juridique mis en place en juillet 1994 pour régir la coopération entre les deux pays, et qui se tient alternativement tous les deux ans à Taipei ou à Ouagadougou.

Cela dit, aucune promesse n’a été faite au Premier ministre Paul Kaba Thiéba pendant son séjour à Taipei pour l’investiture de la Présidente TSAI Ing-wen. Les deux parties ont convenu au cours de l’audience accordée par la Présidente au Premier ministre de tenir la prochaine session de la Commission mixte (la 11e) dans la deuxième moitié de l’année 2016 à Ouagadougou, qui fera le bilan de la coopération et définira les nouvelles priorités.

Au cours de cette même audience, les deux pays ont également réaffirmé leurs engagements à se soutenir mutuellement dans leurs combats respectifs, combat pour le développement côté burkinabè et pour une reconnaissance internationale côté taïwanais.

 

Parlons maintenant du sujet qui fâche ; certains de nos compatriotes pensent que nous avons plus à gagner avec Pékin qui est aujourd'hui incontournable sur la scène internationale qu'avec Taipei ; êtes-vous sensible à cet argument ?

La voix la plus autorisée du Burkina, en l’occurrence le Président Roch Marc Christian Kaboré, s’est prononcée sur le sujet, en répondant à la question d’un journaliste à la faveur de la Semaine nationale de la culture à Bobo, et nous devons de mon point de vue nous en tenir à cela.

(Ndlr : répondant à une question de notre collaborateur Jonas Appolinaire Kaboré au cours de la conférence de presse qu’il a animée en marge de la dernière SNC, le chef de l’Etat avait en effet affirmé en substance : « Nous avons signé des accords avec Taiwan et jusqu’à nouvel ordre ces accords ne sont pas remis en cause »)

 

Propos recueillis par Ousseni Ilboudo

L'Observateur paalga

Mise à jour le Vendredi, 03 Juin 2016 07:56
 

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