Présidence de la commission de la CEDEAO: Kadré Désiré Ouédraogo enfin aux commandes PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Pays   
Lundi, 20 Février 2012 08:03

La 40e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), s’est tenue du 16 au 17 février 2012 à Abuja au Nigeria. De nombreux chefs d’Etat de la sous-région dont le président burkinabè Blaise Compaoré y ont pris part. Pour l’essentiel, le sommet a été dominé par la grave crise sociopolitique que vit le Mali et les attaques terroristes itératives perpétrées par la secte islamique Boko Haram qui, disons-le clairement, a assis ses tentacules au Nigeria où a lieu l’événement. L’autre fait majeur de cette grand-messe sous-régionale a été l’élection de notre compatriote Kadré Désiré Ouédraogo à la tête de la Commission de la CEDEAO et la désignation du président ivoirien, Allassane Dramane Ouattara, au poste de la présidence en exercice de ladite institution et ce, en remplacement du président Goodluck Jonathan.

Le jeudi 16 février dernier, à 6 h 15 mn, soit au moment où somnolait encore Ouagadougou la capitale burkinabè, le président du Faso, Blaise Compaoré s’est envolé pour Abuja au Nigeria. Il y a pris part aux cotés des présidents Allassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Ellen Jonshon Sirleaf du Libéria, Alpha Condé de la Guinée Conakry, Thomas Yayi Boni du Bénin et président en exercice de l’Union africaine, Mahamadou Issoufou du Niger, Ernest Bai Koroma de la Sierra Leone, et bien entendu Goodluck Jonathan du Nigeria, à la 40e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO. L’occasion fut belle pour les têtes couronnées de la sous-région de remettre au goût du jour l’élection du président de la Commission de la CEDEAO. Et, l’honneur échoit à notre compatriote Kadré Désiré Ouédraogo de succéder au Ghanéen James Victor Gbeho qui, on s’en souvient, a assumé l’intérim à la tête de la Commission depuis le départ de son compatriote Mohamed Ibn Chambas. Pour rappel, le dernier sommet de la CEDEAO, tenu le 18 octobre 2011, à Abuja, siège de l’institution, n’avait pas permis aux chefs d’Etat de s’accorder sur le nom de la personne qui allait prendre la tête de la Commission, tant les dissensions étaient grandes et les ambitions fortes.

En effet, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui, du reste, était absent à la cérémonie, convoitait le poste en question ; mais après un compromis qui a permis à son compatriote Cheikh Hadjibou Soumaré, d’obtenir la présidence de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), il s’est complètement retiré. Et, c’est au moment où l’on croyait lever l’obstacle qu’une autre paire de manches surgit avec le président Boni Yayi du Bénin qui, plaidant pour une rotation à la présidence de la Commission de la CEDEAO, arguait que son pays n’a jamais occupé une fonction dirigeante au sein de l’institution sous-régionale. De ce fait, il proposait l’ancien ministre des Affaires étrangères Jean Marie Ehouzou comme candidat audit poste.

Et c’est finalement dans le huis clos des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, qui s’est tenu en marge du dernier sommet de l’Union africaine, à Addis Abeba, que toutes les difficultés ont été aplanies. Le Burkina a soutenu la candidature du président Boni Yayi à la présidence de l’Union africaine, et celui-ci, en retour, décide de se désister au profit du Burkinabè, Kadré Désiré Ouérdaogo qui sera, en principe, installé le 1er mars comme président de la commission de la CEDEAO. Tout en exprimant sa gratitude à la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, le chevronné diplomate burkinabè s’est dit disposé à poursuivre les objectifs d’intégration qui constituent même la mission théologale de la CEDEAO depuis sa naissance en 1975. Il entend, dans le souci d’assurer la paix et la sécurité dans la sous-région, à travers l’employabilité des jeunes, établir un partenariat mutuellement bénéfique avec l’Union européenne, ce regroupement géostratégique auprès duquel il a servi en qualité d’ambassadeur du Burkina. L’autre fait marquant de la cérémonie a été la désignation du président ivoirien Allassane Dramane Ouattara comme président en exercice de la CEDEAO en remplacement du président Goodluck Jonathan du Nigeria. Tout en exprimant sa gratitude à ses pairs pour l’honneur et la confiance en lui placés, il a pris l’engagement de poursuivre l’intégration économique et politique de l’union, appelant de tous ses vœux à une solidarité indéfectible entre tous les Etats membres. Il a rendu un hommage appuyé à tous ses prédécesseurs, notamment au président Goodluck Jonathan dont la détermination et la constance ont permis un dénouement rapide de la crise ivoirienne. Aussi a-t-il demandé à ses homologues le respect de la parole donnée pour que soient mises en œuvre les résolutions de l’union, déclarant du haut de sa chaise tutélaire qu’il a foi en la CEDEAO. Pour le ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, de l’attelage entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, l’institution ouest-africaine pourra repartir sur de nouvelles bases.

Et d’ajouter que compte tenu de l’expérience de Kadré Désiré Ouédraogo, une amélioration de la gouvernance au sein de l’espace CEDEAO ne sera plus une simple vue de l’esprit mais une réalité. Quant à la question de la sécurité au Sahel, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement s’est dit préoccupée par la situation au Mali. Elle a fermement condamné la résurgence de la rébellion touareg qui a mis le pays sens dessus- dessous, obligeant les populations innocentes à migrer vers d’autres contrées et cela, pour se mettre à l’abri de la hargne des combattants. Appelant à une cessation immédiate des hostilités, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO a autorisé le déblocage de 3 milliards de dollars comme soutien aux autorités maliennes pour faire face au flux des déplacés estimés aujourd’hui à près de 40 000, selon la Croix-Rouge. S’il y a un autre sujet qui ne peut passer inaperçu ces derniers temps, c’est bien la quasi-crise sociopolitique que vit actuellement le Sénégal où, dans la perspective du scrutin présidentiel du 26 février prochain, on assiste à des scènes de violences effroyables. En effet, l’opposition politique et la société civile appellent à une croisade tous azimuts contre la candidature du président Abdoulaye Wade qui, pourtant, entend briguer un troisième mandat. En vue d’éviter un pourrissement de la situation au pays de la Téranga, la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO a décidé d’y envoyer conjointement avec l’Union africaine, une mission conduite par l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Cette mission sera chargée de discuter avec l’ensemble de la classe politique sénégalaise afin de parvenir à l’organisation d’élections libres et indépendantes.

La peur de Boko Haram Ce n’est pas vraiment pas facile de vivre ces derniers temps au Nigeria. Car la moindre détonation ou le moindre bruit suscite la peur panique. En effet, presque tous les véhicules qui passaient à quelques encablures du lieu où se déroulait la cérémonie, étaient systématiquement fouillés par la police nigériane fortement mobilisée pour la circonstance. Ce qui a créé encore plus de panique, c’est lorsqu’au deuxième jour de la cérémonie, trois hommes enturbannés se sont introduits, sabres au poing, en plein milieu des délégations étrangères. Aussitôt, ces derniers ont été appréhendés et mis à l’écart par la Police pour contrôle approfondi. On n’en sait pas davantage puisqu’après coup, ces derniers ont été priés d’évacuer les lieux. Comme quoi, à en croire l’adage, le crapaud échaudé craint l’eau froide. Abuja, la ville des embouteillages Dur dur de circuler à Abuja, la capitale du Nigeria, qui, à ce qu’on dit, a été conçue par le président Sani Abacha, dans le souci de décongestionner Lagos. En effet, même les convois officiels se perdent facilement dans les par-chocs des véhicules des particuliers, tant la circulation est dense et sans pitié. Chacun veut se frayer un passage, faisant ainsi fi de l’alarme qu’entonne constamment la Police. Un usager s’était même permis de forcer le passage en coupant l’allure du convoi. De quoi irriter la Police qui, illico presto, l’a alpagué en l’aspergeant de l’eau froide et en brisant son rétroviseur. Parcours de Kadré Désiré Ouedraogo Kadré Désiré Ouédraogo est un homme politique burkinabé, né en 1953. Il fut l’un des Premiers ministres du Burkina Faso les plus endurants, du 6 février 1996 au 7 novembre 2000. Kadré Désiré Ouédraogo était un responsable à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BECEAO) au moment de sa nomination surprise à la tête du gouvernement burkinabè en 1996. En effet, inconnu du sérail politique burkinabè, il succédait à Roch Marc Christian Kaboré avec une étiquette de technocrate. Durant ces quatre années passées à la tête du gouvernement burkinabè, il s’est attelé à consolider l’Etat burkinabè de la IVe république. Mais les observateurs notent que c’est durant son passage comme Premier ministre que survint l’assassinat odieux du journaliste Norbert Zongo, évènement qui entraîna le pays dans une crise socio-politique sans précédent, et dont les auteurs courent toujours. (…). Depuis 2000, il est ambassadeur du Burkina Faso auprès de l’Union européenne. Kadré Désiré Ouédraogo est diplômé de la prestigieuse Business School HEC Paris. Source  : wikipedia.org

 

Boundi OUOBA (Envoyé spécial à Abuja)

 

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