Lutte contre le tabagisme: "la loi sera appliquée..." Imprimer
Écrit par Sidwaya   
Jeudi, 31 Mai 2018 09:43

Aujourd’hui 31 mai, le monde entier commémore, la journée mondiale de lutte contre le tabac. Une occasion pour plusieurs organisations d’interpeller les populations sur les dangers de la cigarette. Dans cet entretien, le ministre de la Santé, Pr Nicolas Méda décline les actions de son département pour faire avancer la lutte.

Sidwaya(S) : Que représente la date du 31 mai dans le calendrier des activités relatives à la santé ?

 

Nicolas Méda (N.M.) : Le monde entier commémore, le 31 mai grâce à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la journée mondiale de lutte contre le tabac, ce, depuis 1987. Cette activité est inscrite dans le programme gouvernemental et nous allons la commémorer pour mettre la lumière sur les risques économiques, socio-sanitaires et environnementaux liés au tabagisme. L’objectif est de plaider en faveur de politiques efficaces pour réduire la consommation du tabac.

 

S. : L’édition 2018 de la journée mondiale sans tabac est placée sous le thème : ‘’Tabac et cardiopathies’’. Qu’est-ce qui justifie le choix de cette thématique ?

N. M. : Ce qui est connu dans le tabagisme que nous combattons, ce sont les cancers. Mais ce qui est très peu connu que nous combattons dans le tabagisme, ce sont les cardiopathies. Ce sera l’occasion de sensibiliser les populations à cette conséquence assez méconnue du tabagisme. Il faut savoir que quand vous fumez, il y a du goudron qui se dépose dans les bronches qui provoquent les cancers. C’est le même effet sur le cœur et les vaisseaux sanguins. En fumant, ce goudron tapisse les vaisseaux sanguins. C’est un peu comme de la graisse qui tapisse ces vaisseaux et il n’y a plus de place. Cela crée des bouchons par endroits et entraine des crises cardiaques dans 50% des cas et des infarctus du myocarde dans 30% des cas. Ce sont des complications du tabagisme que les gens ne connaissent pas. Quand vous êtes face à un cas de mort subite, vérifiez s’il s’agit  d’un fumeur. Si c’est le cas, c’est certainement son cœur qui a été mordu par le goudron du tabac. C’est pourquoi, il est important de rappeler que le tabac est la première cause de mortalité évitable dans le monde. L’épidémie du tabagisme tue plus de 7 millions de personnes chaque année dans le monde et environ une personne meurt toutes les six secondes dans le monde à cause du tabagisme. Il faut aussi savoir que la fumée du tabac contient plus de 4000 substances chimiques parmi lesquelles plus de 60 sont cancérigènes.

 

S. : Quelles sont les activités majeures qui vont matérialiser la célébration de la journée sans tabac?

N. M. : Il y a eu plusieurs activités dont des sorties de contrôles d’interdiction de fumer dans les lieux publics, les bars, les maquis, les restaurants…Cette année, nous allons aussi lancer un numéro vert : 80 00-12 39. Ce numéro permettra aux populations de dénoncer les lieux publics où la loi n’est pas respectée et d’appeler pour avoir des conseils.

 

S. : En dépit des actions de sensibilisation, l’on enregistre environ 4 800 décès par an. Pourquoi cet état de fait ?

N. M. : Ce n’est pas normal que l’on est autant de décès. Je pense que cela est en partie lié à l’insuffisance des campagnes de sensibilisation. Nous parlons du tabac certes, mais pas assez. Nous ne démontrons pas les méthodes pour ne pas entrer dans le tabagisme. Cela veut dire que nous devrons cibler les jeunes avant qu’ils ne commencent à avoir des comportements ou habitudes de fumeurs. Nous devrons aussi travailler à convaincre les fumeurs d’arrêter la cigarette. Si la sensibilisation était bien planifiée. On devrait avoir des affiches présentant les conséquences liées au tabac dans toutes les écoles, des enseignements sur l’importance d’éviter la cigarette. Les réseaux sociaux peuvent être utilisés comme des canaux de sensibilisation. Si on avait les moyens, toutes ces actions allaient être menées.

 

S. : Le non-respect de la loi anti-tabac dans plusieurs espaces publics est-il le signe d’une faiblesse du gouvernement notamment de votre département ?

N. M. : Je suis partisan du respect de toutes les lois prises dans le cadre de l’incivisme et la loi anti-tabac fait partie. Nous allons intensifier la sensibilisation et peut-être réprimer.

 

S. : Cette journée est commémorée alors que votre département a assigné en justice la MABUCIG parce que cette firme refuse d’apposer les avertissements graphiques sur les paquets de cigarettes. N’est-ce pas un cas de défiance de l’autorité de l’Etat comme le pense la société civile ?

N. M. : Nous sommes dans un contentieux, c’est vrai parce qu’une loi a été votée pour contraindre la firme à apposer des messages de prévention sur les paquets de cigarette avec 60% d’espace consacrée à la prévention. MABUCIG estime qu’elle n’est pas prête en l’état de la fraude de respecter seule cette disposition. Elle exige que l’Etat impose aussi aux autres importateurs le respect de cette loi. Donc l’affaire est en justice. La loi sera appliquée sans complaisance dès que nous finirons de clarifier certaines dispositions et harmoniser certains points de vue.

 

S. : Quelles sont les actions majeures à venir pour marquer votre réelle implication dans la lutte contre le tabac ?

N. M. : Pour la lutte contre le tabac, notre feuille de route est la Convention cadre de l’OMS pour la lutte contre le tabac. Les principales mesures seront égrainées et mises en œuvre conformément aux engagements du Programme du Président du Faso. La lutte contre le tabac sera utilisée en tant qu’accélérateur des objectifs de développement durable par le renforcement de la Convention cadre de l’OMS. Cela ne souffrira d’aucun débat. Mais, j’ai décidé cette année d’accélérer la cadence de la sensibilisation contre le tabagisme. J’ai donné des instructions pour que des moyens programmatiques, humains, techniques et autres moyens soient mis à la disposition de la lutte contre le tabac. Cela suppose que la coordination intersectorielle et pluridisciplinaire sera renforcée, les mesures contenues dans la loi seront discutées avec les autres secteurs pour leur application intégrale. Le gouvernement aura une politique de taxation efficace pour contrôler le tabac en s’appuyant sur les dispositions internationale et sous régionales de la CEDEAO et l’UEMOA, il y aura des sorties régulières de contrôle pour le respect de la loi par les propriétaires et les usagers des lieux publics, les contenus des tabacs feront l’objet de tests au Laboratoire national de santé publique, l’aide au sevrage et le traitement de la dépendance se poursuivront et seront renforcés au niveau du centre de sevrage du tabac de Ouagadougou.

 

Interview réalisée par

Gaspard BAYALA

Achille ZIGANI

(Stagiaire)

Sidwaya

Mise à jour le Jeudi, 31 Mai 2018 10:09