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Ambiance particulière dans la matinée du samedi 18 février 2012 devant la radio Savane FM dans le quartier Cissin. En effet, les vendeurs de carburant à la sauvette y sont allés manifester leur mécontentement contre la décision du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat d’interdire leur activité. Il était 9h quand nous arrivions à la radio Savane FM.
Juste en face du service, s’est constitué un parking plein à craquer de motos. A côté, une foule de personnes brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire : «Nous n’avons pas d’autre travail», «On mange dans ça» ou encore «iid ka sak yé» (expression en langue mooré qui signifie “on n’est pas d’accord”). Il s’agit de revendeurs de carburant dans des bidons ou bouteilles qui manifestent leur colère. Le problème, c’est le communiqué n°12/0003/MICA/SG/DGCI du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat stipulant que «…la distribution des produits pétroliers et dérivés au Burkina Faso est réglementée par les dispositions de l’arrêté n°01-005/MMCE/SG/DGE du 12 janvier 2001 et celles du décret n° 2002-146/PRES/PM/MCPEA/MCE du 3 mai 2002. Toutes activités de distribution de produits pétroliers ne respectant pas les dispositions de ces textes sont interdites». Le communiqué invite par ailleurs les revendeurs de carburant installés le long des artères de certaines agglomérations de notre pays à cesser toutes activités de revente desdits produits dans le délai de rigueur de deux semaines.
Au centre des manifestants, massés à l’entrée de la radio, un seul orateur : Ismaël Bassolé, le secrétaire général de l’Association des revendeurs de carburant, une structure ad hoc. Selon lui, leur manifestation a un seul but : «demander au ministre qui veut interdire la vente de carburant dans les bouteilles s’il a quelque chose d’autre pour nous revendeurs car c’est notre seule source de revenus». Pour les frondeurs, leur activité n’a rien d’illégal. «Nous avons des bons de commande, certains prennent leur produit dans les stations-services pour le revendre.
C’est dire que nous payons ainsi les taxes et impôts. Et puis dans des quartiers comme Wapassi ou Sondogo, il n’y a pas de stations et les consommateurs doivent parcourir 3 à 4 kilomètres pour s’approvisionner en essence. Dans ce sens, nous ne faisons que leur faciliter la tâche», a ajouté le secrétaire général. Une position que partage d’ailleurs un consommateur sorti pour les soutenir et qui a requis l’anonymat car, soutient-il, «moi j’ai une moto Yamaha qui fonctionne avec l’essence mélange. Mais souvent je peux faire plus de cinq stations avant d’obtenir le mélange. C’est parce que les revendeurs ont de la clientèle qu’ils sont toujours là. Si tout le monde avait accès facilement au carburant dans les stations, personne n’irait chez ces gars dont la qualité du produit est, du reste, douteuse».
Pendant que nous écoutions ce dernier, un revendeur, Harouna Sankara, la cinquantaine environ et visiblement très remonté, s’approche et crie sa rage : «Je vendais des pièces détachées, mais la pluie du 1er-Septembre a ravagé ma boutique. Depuis, je vends l’essence pour entretenir ma famille. Donc si les autorités peuvent nous aider, qu’elles le fassent. Il y a des jeunes diplômés parmi nous parce qu’il n’y a pas de boulot. Ce n’est pas tout le monde qui peut devenir fonctionnaire, donc qu’ils laissent les gens se débrouiller».
Avant de quitter les lieux aux environs de 10h, Ismaël et ses camarades se sont donné rendez-vous ce lundi 20 février pour aller écouter les conseils du Moogho Naaba. Ensuite, disent-ils, ils iront demander une audience auprès du ministre du Commerce en vue de trouver un terrain d’entente.
Jaunasse Yaro
(Stagiaire)
L'observateur paalga
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